La légende de Cambrinus. 

    Cette légende est extraite du livre "Le temps de la bière" de Ronny COUTTEURE.

    La légende de Cambrinus. Dans " les Contes d'un buveur de bière " qui furent écrits en 1868, l'auteur, Charles Deulin, un instituteur de Condé-sur-l'Escaut dans le Nord, nous raconte l'histoire de Cambrinus dont il dit qu'elle lui a été rapportée par sa grand-mère qui la tenait elle-même de l'arrière-grand-mère de son arrière-grand-mère, soit sept générations de femmes, chiffre magique...

    Au temps jadis, il y avait au village de Fresnes-sur-Escaut, un garçon verrier qui, avec sa figure rose et fraîche, sa barbe et ses cheveux dorés, était bien le plus joli garçon qu'on pût voir. Il se nommait Cambrinus. Plus d'une demoiselle agaçait de l'œil le beau Cambrinus, mais lui n'avait d'yeux que pour Sandrine la fille de son maître verrier. Sandrine restait insensible aux avances de Cambrinus. Aussi, ce dernier, désespéré, n'arrivant pas à surmonter ce chagrin d'amour, décide-t-il de se pendre. Mais au moment précis ou il allait commettre son geste fatal, il se passa quelque chose d'incroyable, une apparition. Le Diable, le diable en personne.

Cambrinus : Quoi ! C'est vous messire van Belzébuth. Eh bien par vos deux cornes, je vous croyais plus laid.

Le diable : Merci, vous me flattez

Cambrinus : Monsieur le diable, soyez bon diable, aidez-moi

Le diable : Mais comment ?

Cambrinus : Faîtes que Sandrine veuille bien m'épouser.

Le diable : Impossible fieu, ce que femme veut...

Cambrinus : Dieu le veut, je sais. Mais ce qu'elle ne veut point...

Le diable : Ce qu'elle ne veut point, le diable lui-même y perdrait ses cornes.

Cambrinus : Alors faites que je ne l'aime plus.

Le diable : J'y consens.

        Et voilà que, tout à coup, sous les yeux ébahis de Cambrinus arrivent des tas de diablotins avec une étrange machine à vapeur faite de cuves en cuivre qui font beaucoup de fumée, une machine composée d'alambics, de tuyauteries de toutes sortes et autres cornes étranges. Et voilà les diablotins qui, sous les yeux de plus en plus éberlués de Cambrinus, se mettent à fabriquer la bière. Et à la fin, au chant du coq, le diable en sert une chope à Cambrinus.

Le diable : Tiens, bois

Cambrinus : Qu'est-ce que c'est que ça, mijn God ?

Le diable : Bois te dis-je ! Ceci est le vin flamand autrement dit : la bière.

Cambrinus : La bière ?

Le diable : Oui, la bière qui te guérira du mal d'amour. Sur ce parchemin tu en trouveras le secret, le secret de fabrication de la bière, qui est aussi le secret de l'oubli et de la tranquillité ! Je te le donne. Blonde comme topaze ou brune comme l'onyx, la bière fera des bons Flamands autant de dieux sur terre.

Cambrinus : Merci, messire van Belzébuth et... adieu.

Le diable : Non pas adieu... au diable !

    Et le diable disparut comme il était venu... Alors, suivant tes instructions de Belzébuth, Cambrinus planta le houblon, fit griller l'orge, pour en faire le levain, il y ajouta l'eau de la rivière, fit construire une brasserie et installa des cuves en cuivre pour que le malt et le houblon se marient dans de vastes chaudières. Il brassa ainsi la bière brune et la bière blonde, la double et la triple, la Gueuze, le Lambic, le karo, la kriek, la Pale Ale, le Scotch Ale, la Porter et le Stout sans oublier leur mère à toutes la Cervoise.

    Et c'est ainsi que la bière fut inventée.

    Pour tous ces hauts bienfaits, Cambrinus fut nommé duc de Brabant, comte de chez les flamands, baron chez les wallons et aussi seigneur de Fresnes et de Condé. Il fonda la ville de Cambrai et gouverna en paix. Mais de tous les titres qu'on lui a donnés, celui que Cambrinus a préféré c'est : roi de la Bière.
Ainsi le roi de la Bière continua à brasser la bière jusqu'à l'âge de cent ans. Il inventa même le carillon pour faire danser les gens au pied des beffrois. Et telles des dragées de marraine, les notes cristallines se répandirent sur la terre.
    Et le vin d'orge se mit à couler à flots d'or aux Pays-Bas, en Hollande, en Allemagne, en Alsace, en Angleterre, en Irlande, en Écosse, en Belgique, en Flandre, en Wallonie, dans le Nord-Pas-de-Calais, et même en Afrique et au Japon...
Et Cambrinus serait encore parmi nous aujourd'hui si le Bon
Dieu qui est dans les cieux ne l'avait fait monter directement au paradis...

    Une autre version dit que c'est Pietje la Mort qui vint chercher Cambrinus. Seulement quand la Mort arriva, elle avait soif. Cambrinus lui fait boire de la bière, alors, fatiguée, la Mort s'endort, en oubliant ce pourquoi elle est venue Cambrinus vivra éternellement!

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